Quel est le moment le plus dangereux dans un vol en avion ?

« Quel est le moment le plus dangereux d’un vol ? » Voilà probablement LA question qui revient à chaque stage contre la peur de l’avion et à laquelle il est excessivement difficile de répondre. Avant de commencer, rappelons simplement que sur les derniers 4 milliards de voyageurs qui ont pris l’avion, AUCUN n’est mort, on est donc loin de parler d’une activité risquée… mais la peur de l’avion n’est pas rationnelle et les vieilles idées ont la vie dure. D’innombrables passagers font par exemple un décompte dans leur tête à chaque décollage et n’osent respirer pendant le décollage, attendant que l’avion arrive enfin en vol de croisière. Car une pseudo-vérité résonne toujours comme une évidence : le décollage serait la partie la plus risquée du vol. Si ce n’est que cela est faux !

Chaque jour, plus de 25.000 avions de ligne à réaction décollent pour réaliser chacun en moyenne 3 trajets (ceci est une moyenne entre les voyages moyens courriers qui peuvent réaliser jusqu’à 6 trajets et les long courrier qui ne vont par exemple réaliser qu’un aller-retour). Les statistiques que vous pouvez trouver et qui dépeignent le décollage comme le moment le plus dangereux du vol sont en réalité des moyennes réalisées sur plusieurs décennies, car en effet le décollage était dangereux sur les anciens avions… Mais les vieux avions sont progressivement remplacés. Le graphique suivant permet de voir le niveau d’utilisation des différentes générations d’avions :

Comme on le voit, les avions de deuxième génération (en jaune sur le graphique) viennent tout juste de disparaître, et ceux de 3ème ou 4ème générations qui les remplacent sont bien plus fiables (on ne vole donc aujourd’hui QUE sur ces avions à la fiabilité supérieure). Voici quelques améliorations permises par le changement de génération :

  • les collisions involontaires avec le sol (les CFIT) ont été réduites de près 85% en passant de la 2ème à la 3ème génération (voir un article complet sur le sujet ici),
  • les pertes de contrôle en vol ont été divisées par 4 grâce à la protection du domaine de vol disponible à partir de la 4ème génération,
  • depuis 10 ans, seuls deux accidents ont une cause technique, les systèmes étant toujours plus fiables, avec des avions toujours capables à pouvoir décoller malgré la perte d’un moteur (et oui : ces deux causes d’accidents ont été réglées),
  • les systèmes d’assistance au freinage ont permis de réduire très fortement les « sorties de piste » et de rendre celles-ci moins graves (article sur le sujet à lire ici)… 

Le Boeing 707 est considéré comme le premier avion moderne. Il a commencé à voler en 1954 et a permis à l’aviation de vraiment décoller, supplantant le trafic maritime à partir de 1957.

Si l’on considère des statistiques sur une durée de 10 ans, on intègre déja les accidents ayant eu lieu sur vieux appareils sur lesquels il n’est plus possible de voler. Mais les statistiques que vous donnent les médias sont en général réalisées sur 30 ou 40 ans et ne sont donc pas valables !

Si l’on n’observe que les accidents qui ont eu lieu depuis 10 ans, il y a par exemple eu plus de décès suite à un accident ayant eu lieu en vol de croisière que pendant le décollage et la montée. Le décollage représente ainsi 14% du total des décès (décollage, montée et mise en palier) contre 22% en vol de croisière. Ne croyez surtout pas que le vol de croisière soit devenu dangereux, la réalité est que l’ensemble des accidents sont devenus tellement rares que les statistiques ne veulent plus rien dire… et il y a d’ailleurs tellement peu d’accidents que le moindre événement pourrait à nouveau bousculer toutes les statistiques. Il n’est tout simplement plus possible de réaliser des statistiques fiables quand il n’y a même plus deux événements par an (et c’est tant mieux).

Un « béton mou » permet désormais de ralentir un avion qui n’aurait pas freiné… Réduisant le nombre de décès dans les avions subissant des accidents.

Un denier élément est à prendre en considération : même en cas d’accident d’avion, il n’y a presque plus de mort. Depuis 10 ans, 84% des accidents d’avion n’ont fait aucune victime alors qu’ils ont conduit à la destruction de l’avion ou à des dégâts sérieux. Cela est du à l’amélioration de la résistance des matériaux, au fait que l’essence ne dégage plus de vapeurs inflammables, à l’efficacité des procédures d’évacuation…

Bref, vous l’aurez compris : il est totalement inutile de se compliquer la vie et essayer de choisir les paramètres de vol pour améliorer sa probabilité de survie. Que vous voliez de jour ou de nuit, à l’avant ou à l’arrière de l’avion, que vous soyez en vol de croisière ou en train de décoller, quelle que soit votre compagnie ou la marque de votre avion : vous arriverez à destination. Cette probabilité de succès est incroyablement meilleures que ce à quoi chacun de nous est confronte quotidiennement. Le moment le plus dangereux dans un trajet en avion est donc devenu le trajet vers l’aéroport   🙂

Sources et illustrations :

  • « Statistical Summary of Commercial Jet Airplane Accidents / Worldwide Operations / 1959 – 2016 » de Boeing
  • « A Statistical Analysis of Commercial Aviation Accidents 1958-2016 » d’Airbus
  • « Rapport sur la sécurité aérienne 2016 » – DGAC

À propos de Xavier Tytelman

Ancien aviateur militaire aujourd'hui consultant sur les questions aéronautiques. Responsable et formateur au Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr). Tel : +33667484745
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2 réponses à Quel est le moment le plus dangereux dans un vol en avion ?

  1. Legrand dit :

    Toujours d’aussi bon article et utile, merci beaucoup Xavier.

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