Y a-t-il un risque à prendre l’avion pendant une tempête ?

Les tempêtes provoquent souvent des dégâts et des annulations de vols… Cette carte de vigilance date de la tempête de février 2014 et des vols avaient du être annulés à Brest.

Il y a quelques temps, au cours d’une vague de froid, de nombreux stagiaires s’étaient inquiétés de devoir voyager alors que des températures négatives et des chutes de neige étaient prévues (article à lire ici). La succession de tempête observée sur l’Europe depuis quelques semaines relance les craintes, notamment quant aux dangers du vent lors du décollage ou de l’atterrissage. Chaque avion possède des limites de tolérance au vent qui vont dépendre de nombreux facteurs (type de l’avion, son poids, largeur et humidité de la piste…). Quand le vent est aligné avec la piste, il n’y a aucun problème, c’est le vent de travers qui va imposer des limitations.Ce qu’on appelle le vent de travers est la composante du vent qui vient vraiment perpendiculairement à la piste. Dans l’exemple suivant, on a un vent de 60km/h qui arrive à 30° par rapport à la piste. Ceux qui se souviennent de leurs cours de trigo peuvent sortir leur calculatrice : le vent de travers vaut 60 km/h x sin30°, soit seulement 30 km/h. Celui venant de face sera à peine supérieur à 50km/h. Aucun avion de ligne ne sera gêné par un tel vent !

Ce schéma permet de visualiser le vent qui vient de 30° de la droite (ici en bleu), et ses composantes « vent de face » (en vert) et « de travers » (en rouge). C’est uniquement le vent de travers qui nous gêne.

Par contre si le vent venait plein travers, alors il serait bien plus gênant et certains appareils ne pourraient plus décoller ou atterrir, notamment les plus petits. Pour la catégorie des avions moyen courrier qui représentent plus des 2/3 des vols dans le monde, prenons l’exemple du Boeing 737-800 (l’avion de Transavia, Ryanair…). Le Boeing 737 est certifié pour pouvoir :
– décoller avec un vent de travers de 33 noeuds sur une piste sèche, soit plus de 60 km/h,
– décoller  avec un vent de travers de 27 noeuds sur une piste mouillée, soit 50 km/h,
– atterrir avec un vent de travers de 33 noeuds sur une piste sèche,
– atterrir avec un vent de travers de 30 noeuds sur une piste mouillée, soit 55 km/h.

L’A320 sharklet a le bout des ailes recourbées, ce qui le rend plus sensible aux vents de travers… Ses limitations sont donc plus faibles qu’un A320 classique.

Un A320 sur piste sèche, c’est 38 noeuds, mais il y a les petits détails… un Airbus A320 qui a des sharklets (la jolie courbe en bout d’aile qui permet de réduire la consommation d’essence comme sur la photo ci-contre) aura une limitation plus basse qu’un A320 classique.

Un avion plus gros comme le Boeing 777 va pour sa part pouvoir atterrir avec un vent travers à 40 noeuds, soit 74 km/h. Si pendant une tempête, vous voyez un jour que tous les vols sont annulés sauf le vôtre, c’est simplement que votre avion a le droit de décoller en toute sécurité malgré un vent plus fort que les autres.

Il y a ensuite d’autres limitations qui peuvent venir de la piste, notamment quand elles sont plus étroites que la moyenne. La piste de l’aéroport de Londres City est par exemple connue pour être étroite : seulement 30 mètres de large contre au moins 45m habituellement. Dans ces conditions, le vent de travers ne peut jamais dépasser 25 noeuds (46 km/h), quel que soit l’avion considéré !

Le London City Airport se trouvant « sur l’eau », sa piste étroite ne peut pas être élargie… réduisant sa capacité à recevoir des avions par fort vent de travers.

Bref, vous l’aurez compris, si les rafales sont inférieures à 50km/h de vent il n’y a jamais de question à se poser. Si ces 50 km/h de vent viennent totalement de travers alors certains vols vont commencer à être annulés. Mais si le vent est bien de face par rapport à la piste alors il n’y a pour ainsi dire pas de limite… Le roulage est est par exemple autorisé jusqu’à 65 noeuds, soit 120 km/h ! Le décollage se fera en toute sécurité dans tous les cas puisque l’on respecte ces limites et qu’elles ont été calculées avec des marges très importantes. Dans la pratique, les aéroports ferment souvent bien avant que le vent ne soit aussi fort. Les vols prévus vont donc être confrontés à plusieurs possibilités :
– si l’aéroport est fermé, les vols au départ et à l’arrivée sont annulés ,
– si l’aéroport ferme alors que des avions sont déjà en route, ces avions vont être déroutés vers des aéroports proches sur lesquels le vent est moins fort, ou sur lesquels l’orientation de la piste est davantage « face au vent » ,
– si le vent est à la limite des maximum permis par l’avion, par exemple 45 km/h de vent de travers pour une limité à 50 km/h, alors l’avion tentera certainement de réaliser un atterrissage. Si par hasard le vent était trop fort, alors l’avion ferait une remise de gaz (voir cet article pour comprendre) pour réaliser une deuxième tentative ou se dérouter. Si l’atterrissage est possible, alors l’avion réaliserait un atterrissage « en crabe », c’est-à-dire qu’il n’est pas totalement de face par rapport à la piste mais va se remettre bien dans l’axe juste avant de toucher le sol. La petit vidéo suivant permet de bien visualiser cette manœuvre :

Admirez l’approche « en crabe » et la belle manœuvre pour « décraber ». C’est la roue placée du côté d’où vient le vent qui touche le sol en premier.

Le pilote se remet bien dans l’axe avant de toucher le sol et pose d’abord les roues du côté d’où vient le vent. En tant que passager, ne croyez donc pas que votre pilote soit un gros mauvais qui ne sait pas atterrir droit, cette sensation de virage puis d’atterrir de travers est volontaire !

[Mise à jour suite à une question sur twitter] Le vent peut faire des rafales mais il ne change pas d’angle à 90° de manière instantanée. Les pilotes sont assistés par la tour de contrôle, ils reçoivent une météo de l’aéroport quand ils s’en approchent et ils peuvent observer la manche à air (photo ci-contre) située sur le bord de piste pour visualiser le sens et la force du vent.

[MAJ 2 suite à question sur la page Facebook du CTPA] « J‘ai trouvé votre dernier article sur le vent très intéressant/rassurant, mais qu’en est-il des orages ? » – Le monde est bien fait, cette question avait déja été traitée dans cet article : « Comment les avions évitent-ils les orages à l’atterrissage ?« 

Il est donc probable de sentir quelques accélération ou turbulences dans ces conditions, mais ce ne sont que les réactions des pilotes / de l’avion pour compenser le vent… Quoiqu’il en soit, ne renoncez jamais à un vol à cause du vent, et si par malheur le vent dépassait les limites alors c’est à l’aéroport, la compagnie ou aux pilotes de prendre la décision d’annuler le voyage. Laissez-les s’inquiéter de ces détails, votre rôle est de profiter du vol et de l’admirable manœuvrabilité des avions modernes    😉

 

À propos de Xavier Tytelman

Ancien aviateur militaire aujourd'hui consultant sur les questions aéronautiques. Responsable et formateur au Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr). Tel : +33667484745
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3 réponses à Y a-t-il un risque à prendre l’avion pendant une tempête ?

  1. lerouxrv dit :

    Et avec un train classique alors !! c’est plus funky.
    Lecture intéressante pour les avgeek : http://www.aerovfr.com/2018/01/quand-les-roues-se-mettaient-de-travers/

    Par contre on aborde pas les impacts de la tempête en l’air…
    Visiblement pas mal de CB EMB trainaient avec Eleanor.

  2. Ping : Avion : Comment ne plus avoir peur? – Cinsfitandtravel

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