Se renseigner sur le vol que l’on va prendre renforce l’anxiété

Il n’y a que trois situations dans lesquelles on est complètement décontracté : on est dans une sûreté absolue et on est persuadé qu’il ne passera rien (par exemple si on très habitué à un environnement), on a la capacité de s’échapper (on imagine par exemple pouvoir s’en sortir d’un accident de voiture alors que ce n’est pas le cas en avion), ou alors on est soi-même aux commandes (nombreux sont les motards ayant peur de l’avion car ils ne maîtrisent pas). C’est ce besoin de contrôle qui pousse énormément d’anxieux à se renseigner sur leur vol, sur le type de l’avion, l’historique de la compagnie, la météo aérienne… Et la personne qui a peur de l’avion espère toujours que les informations qu’elle trouvera seront rassurantes. Ce qui n’est malheureusement pas le cas. Car le cerveau est malheureusement très binaire : soit il pense se trouver dans la sûreté absolue, soit il y a du danger. Avec ces deux seules options, on trouvera toujours quelque chose qui cloche. D’ailleurs, si vous prenez l’avion demain vous verrez qu’il y a des rafales de vent à 30 km/h, le type d’avion que vous prenez a connu un crash dans les années 80 et les mécanos de votre compagnie ont fait une grève il y a deux ans, preuve qu’ils sont malheureux au travail. Il y a donc du danger…

Quand il pleut, les « freins des roues » sont moins efficaces, mais il y a deux autres façons de freiner : avec les aérofreins et grâce aux moteurs qui peuvent souffler sur l’avant comme sur cette photo.

Prenons l’exemple du facteur météo. Si la présentatrice de la télé parle de mauvais temps et déconseille de prendre sa voiture, le voyageur aérien anxieux comprendra « DANGER ». La météo est toujours source d’inquiétude car il y aura toujours du chaud / du froid / des nuages / du vent quelque part sur le trajet. Si un pilote vous dit que la météo sera mauvaise, pour lui cela signifie simplement qu’il risque d’y avoir des moments désagréables, par exemples des turbulences ou des nuages nécessitant des virages… L’anxieux entendra qu’il faut se préparer à un éventuel crash. Heureusement, les pilotes ne sont pas binaires et utilisent une infinité de paramètres complémentaires à cette dualité bon / mauvais.

Avant leur arrivée à l’avion, les équipages reçoivent un dossier météo incluant de nombreux paramètres. Un message est utilisé pour connaître la situation sur un aéroport, c’est le METAR qui se présente par exemple sous la forme barbare suivante : « LFPG 271500Z 18010KT 9999 FEW006 BKN009 05/04 Q1032 BECMG BKN016 ». Il en existe une version plus longue et complète (le TAF), mais la décomposition de ce message vous donnera déjà une bonne vision du concept :
LFPG = code de l’aéroport, ici c’est Roissy
271500Z = le 27 janvier à 15h (temps universel)
18010KT = vent venant du sud avec une vitesse de 10 noeuds (environ 18 km/h)
9999 = visibilité supérieure à 10 kilomètres
FEW006 = quelques rares nuage à une altitude de 600 pieds
BKN009 = nuages « broken », c’est-à-dire fragmentés (il est possible de ne pas traverser de nuage en décollant) à une altitude de 900 pieds
05/04 = c’est la température du point de rosée, c’est-à-dire la température à laquelle des gouttelettes d’eau vont s’accumuler même sans pluie
Q1032 = pression atmosphérique

Une compagnie au nom inconnu est souvent source de stress… Car le cerveau veut se rassurer avec de la routine, de l’ordinaire, et donc des noms connus. Rationnellement, les réglementations sont pourtant les mêmes dans toutes les compagnies.

Ce sont ces paramètres qui permettront aux pilotes de décider s’ils peuvent décoller ou pas, il s’agit d’informations fiables, précises et factuelles qui leur permettent de s’assurer qu’ils ne vont jamais entrer dans la catégorie des vols dangereux. Car en réalité, voler en dépassant ces limites est INTERDIT, c’est d’abord une question de légalité ! Si par malheur un pilote dépasse cette limite de la légalité, il y a encore une marge avant d’arriver dans la limite du danger. Et si un avion décollait en dépassant la limite légale, les pilotes risquent leur carrière et la compagnie risque d’être interdite de vol. Il vaut mieux annuler un vol que de voir toute la compagnie faire faillite.

A défaut d’une information fiable et décryptée donc rassurante, vous n’avez donc le choix qu’entre une information partielle et difficile à interpréter ou le fait de ne rien rechercher, c’est le lâcher-prise… C’est un choix difficile mais ce lâcher-prise est probablement la meilleure réponse à votre peur de l’avion si vous n’avez pas eu l’occasion de suivre le stage (nous donnons par exemple la météo des turbulences à nos anciens stagiaires). Par définition, il sera toujours très compliqué de répondre à une phobie irrationnelle en cherchant des réponses rationnelles, d’autant que les réponses rationnelles que vous trouverez seront rarement rassurantes. Limitez-vous donc à des sites web fiables (comme celui que vous êtes en train de lire ou le site meteovol pour la prévision des turbulences) et  fuyez les médias qui cherchent à faire le buzz avec des non-événements aéronautiques, vos prochains vols n’en seront que plus agréables  🙂

À propos de Velina

Velina Negovanska, Psychologue Clinicienne, Docteur en Psychologie spécialisée dans le traitement des phobies et la gestion de l'anxiété. Formée aux thérapies cognitivo-comportementales à l'Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive, ainsi qu'à la cohérence cardiaque. Psychologue référent du Centre de Traitement de la Peur de l'Avion, Mail : psychologue[at]peuravion.fr
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