Comment les pilotes peuvent-ils éviter les turbulences en avion ?

les avions

Les avions subissent les turbulences, mais ils peuvent aussi en générer dans leur sillage. On espace donc les avions pour réduire ce type de turbulence.

Les turbulences se classent dans le top 3 des causes de la peur de l’avion, alors qu’elles ne présentent pourtant aucun risque pour nos avions de ligne moderne. Les turbulences ne sont que des variations dans la direction ou l’intensité du vent qui provoquent des accélérations  verticales ou horizontales qui modifient très légèrement la trajectoire de l’avion. C’est un peu comme lorsque l’on conduit en voiture : si un courant d’air nous déporte dans un sens, nous reprenons notre axe rapidement. En avion, ce sont les commandes de vol électriques qui permettent de répondre très rapidement aux courants d’air, ce qui permet d’en réduire la portée bien plus vite que reposant sur le temps de réaction d’un humain. Les turbulences sont ainsi compensées en quelques dixièmes de secondes, soit au moins 10 fois plus rapidement que si cela était réalisé par un pilote, réduisant d’autant leur ampleur et les sensations. Mais pour le confort des passagers, les pilotes peuvent aussi chercher à la trajectoire de l’avion pour éviter au maximum de rencontrer les phénomènes turbulents.

1) Les nuages

Ne croyez pas que des nuages soient toujours turbulents. Un nuage sombre qui ressemble à un brouillard épais est par exemple tout à fait calme. Le brouillard est d’ailleurs une preuve que l’atmosphère est très stable : il n’y aura pas de turbulence. A l’inverse, les nuages isolés, blancs et « joufflus » sont turbulents. C’est en fait la différence de température entre le bas et le haut du nuage qui compte. S’il fait très chaud au moment du décollage, par exemple 30° au sol, alors il est très probable que le nuage  soit turbulent car il est beaucoup plus froid en altitude. A l’inverse, s’il fait 0° au sol, il n’y aura que peu de différences de températures à l’intérieur du nuage et peu de courants d’air une fois dedans.

Dans toutes les turbulences, les pilotes vont réduire leur vitesse. C’est comme en voiture, si vous roulez sur un dos d’âne à 20km/h, les sensations seront moins fortes qu’à 30 km/h. Avant de rencontrer des nuages, attendez-vous donc à entendre des variation du régime moteur.

2) Les orages

En haut à gauche, on sait que le vent va "vers la droite". On sait donc que les turbulences seront "sur la droite" de l'orage.

Le vent va « vers la droite », on sait donc que les turbulences seront « sur la droite » de l’orage. On le contournera donc pas la gauche.

Les nuages orageux, que l’on appelle des cumulonimbus (Cb), ne sont jamais traversé par les avions de ligne : cela est totalement interdit et les radars météo permettent de bien connaître leur position et de les contourner. Les Cb peuvent néanmoins provoquer des turbulences parfois jusqu’à plus de 30 kilomètres autour d’eux, mais les turbulences ne se trouvent que du coté sous le vent du nuage. L’image ci-contre présente la vue depuis le radar météo disponible depuis le cockpit. On voit la direction et la force du vent en haut à gauche (les chiffres 215 / 71) ainsi qu’une flèche qui indique sa direction. L’orage est visible sur la droite de l’écran, c’est la grosse tache rouge. Les turbulences seront donc à droite du nuage et l’avion pourra le longer à seulement 2 ou 3 kilomètres sans subir de turbulence. La photo suivante a été prise depuis le cockpit de l’avion au même moment que l’image radar, on voit bien le Cb dans le ciel, c’est un nuage qui monte beaucoup plus haut que les autres.

cb turbulence

Sur cette vidéo, l’avion longe un cumulonimbus sans subir de turbulence. S’il y a des orages prévus quelque part sur un trajet, cela ne veut pas dire que le vol sera agité.

3) Les prévisions météo

Cette carte météo donne les prévisions aux pilotes. Les zones de turbulences sont entourées en rouge. Les altitudes turbulentes sont indiquées à gauche du symbole.

Cette carte météo donne les prévisions aux pilotes. Les zones de turbulences sont entourées en rouge. Les altitudes turbulentes sont indiquées à gauche du symbole.

Avant de partir en vol, les pilotes reçoivent un dossier contenant des données météo très précises. Elles sont d’une très grande fiabilité et permettent en particulier de connaître l’emplacement des différents phénomènes : zones de potentiels orages, vents d’altitude que les avions empruntent pour accélérer leur trajet, nuages et éventuelles turbulences (entourées en rouge sur la carte ci-contre).

symbole

Le symbole turbulence est accompagné de deux valeurs, ici 240 et 370. Ce sont les altitudes (ou niveaux de vol) entre lesquelles le phénomène sera observé. Les pilotes pourront donc demander de voler au dessus du niveau 370, au-dessus des turbulences.

Une petite précision : ne cherchez pas à déterminer les turbulences de vos voyages en regardant la météo classique, celle-ci est valable qu’au sol ! S’il y a des orages ou qu’il pleut au sol, la météo pourra être parfaite en vol…

4) Les annonces des autres avions

Cette carte présente les turbulences reportées par les pilotes sur le quart nord-ouest des USA avec leur intensité

Cette carte présente les turbulences reportées par les pilotes sur le quart nord-ouest des USA avec leur intensité

Tous les avions, quelle que soit leur compagnie, vont toujours annoncer les éventuelles situations inhabituelles qu’il va rencontrer, dont les turbulences imprévues. Ces informations permettent de constituer des cartes, les PiReps (Pilots Reports) dont on peut voir un exemple ci-contre. Statistiquement, plus une route est empruntée et moins il y aura de turbulences imprévues. Ce sont donc souvent les tout premiers avions traversant une zone qui vont rencontrer ces turbulences. Au-dessus de l’Atlantique, ce sont les avions partis du Moyen-Orient qui passent en premier, et les avions en provenance d’Europe ont donc déjà les informations. Des systèmes de détection existent aussi sur certains aéroports, on les appelle les LLWSAS (low level wind shear alert system). Ils permettent de connaître la position des turbulences non détectables par les moyens habituels autour des aéroports, ce qui peut entraîner dans certains cas la fermeture temporaire d’une piste, le temps que le phénomène se dissipe.

Vous le voyez, il existe plusieurs types de turbulences qui s’évitent de manière différentes, mais l’avenir est encore plus prometteur… car des avions sans aucune turbulence voleront bientôt ! Des capteurs infrarouges, des systèmes de radar micro-onde ou des radar Doppler à technologie laser sont en cours de développement, et ils permettront de « voir » la turbulence 500 m devant l’avion. Jusqu’à présent, les commandes de vol électriques compensaient la turbulence une fois que celle-ci avait commencé à faire bouger l’avion. Mais avec ce préavis, il sera possible de contrer les turbulences avant même que l’avion ne se soit déplacé de 1cm ! En attendant ce futur béni exempt de la moindre vibration, ne renoncez jamais à un vol pour une question de confort. Car oui, les turbulences ne sont pas une menace pour l’avion : il ne s’agit que d’une question de confort pour les passagers. Les avions de fret transportant uniquement des marchandises suivent d’ailleurs des trajectoires bien plus directes : personne ne se plaindra des sensations désagréables… 

À propos de Xavier Tytelman

Ancien aviateur militaire aujourd'hui consultant sur les questions aéronautiques. Responsable et formateur au Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr). Tel : +33667484745
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