Interception d’un appareil Air France par un avion de chasse : explication de cette procédure

Interception de mon avion (un Atlantique 2) par un Mirage F1 de l'Armée de l'Air lors d'une mission au Tchad, en 2008.

Interception de mon avion (un Atlantique 2) par un Mirage F1 de l’Armée de l’Air lors d’une mission au Tchad, en 2008 (photo personnelle).

Suite à un appel anonyme annonçant que des armes chimiques se trouvaient à bord d’un Airbus A330 d’Air France à destination de New York, des avions de chasse américains ont intercepté l’avion et l’ont escorté jusqu’à sa destination… Cette procédure n’a en réalité rien d’exceptionnel puisqu’elle se reproduit plusieurs dizaines de fois chaque année rien qu’en France, grâce aux avions de la permanence opérationnelle prêts à décoller à tout instant. Explications.A l’époque de la guerre froide, des avions de chasse étaient en permanence prêts à décoller afin de pouvoir intercepter rapidement d’éventuels bombardiers soviétiques… La procédure est resté en place, et en France 8 avions répartis sur tout le territoire sont toujours prêts à décoller en seulement quelques minutes dans le seul but de s’assurer que l’espace aérien est toujours protégé. Mais l’interception d’un avion militaire ennemi n’est pas la seule mission de la permanence opérationnelle : elle peut porter assistance à des avions civils qui en auraient besoin…

L’interception d’un avion de ligne par un chasseur est possible dans au moins 3 cas :
– l’avion ne répond plus au contrôle aérien, par exemple suite à une panne radio,
– l’avion s’éloigne de son plan de vol, change d’altitude ou de trajectoire sans avoir averti le contrôle,
– une suspicion pèse sur l’avion : détournement par des pirates, présence d’une bombe à bord…

Si l’avion ne répond plus plus, le rôle du chasseur va être de s’approcher du cockpit pour entrer en contact visuel avec ses occupants. Si les pilotes sont bien conscients, ils vont pouvoir échanger avec le chasseur par des signes de la main : la main sur l’oreille signifie que l’on n’entend rien, la main sur la bouche signifie que l’on entend encore les radios mais que l’on ne peut plus y répondre…

Dans les deux autres cas, l’objectif est de s’assurer qu’il n’existe pas de problème de sûreté (sécurité = maintenance, formation des pilotes / sûreté = terrorisme). Un avion qui ne respecterait plus son plan de vol pourrait par exemple avoir été détourné, et le but est bien sur d’éviter un scénario avec un avion suicide comme ceux du 11 septembre 2001… les chasseurs vont ainsi pouvoir observer si les pilotes sont bien seuls dans leur cockpit, puis vont pouvoir imposer à l’appareil de les suivre. De même, un avion sur lequel il y aurait une suspicion de présence d’explosifs va avoir l’interdiction de survoler des régions densément peuplées. Dans ces deux cas, il est possible d’escorter l’avion jusqu’à destination pour éviter qu’il ne s’éloigne de sa trajectoire, ou de le forcer à se poser sur un aéroport proche.

Au final et en cumulant tous ces cas de figure, l’Armée de l’Air réalise environ 70 interceptions chaque année. En cas d’urgence, il est même possible que l’avion de chasse passe le mur du son pour rejoindre plus rapidement sa cible, cela arrive une petite dizaine de fois par an. Précisons que les permanences opérationnelles n’existaient pas aux Etats-Unis jusqu’au 11 septembre, puisqu’une éventuelle attaque soviétique devait laisser plusieurs heures aux avions de chasse pour décoller et que le cas d’un avion suicide était jusqu’alors jugée improbable…

À propos de Xavier Tytelman

Ancien aviateur militaire aujourd'hui consultant sur les questions aéronautiques. Responsable et formateur au Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr). Tel : +33667484745
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