Non, l’avion d’Air Asia QZ8501 n’a pas pu amerrir

air asia A320Stupeur. A nouveau, les médias tournent en boucle sur une « information » : l’avion d’Air Asia aurait amerri avant de couler. Moult détails sordides, avec des spécialistes qui affirment des contre-vérités, inventant des scénario sans aucun fondement… d’autant que l’ensemble des informations disponibles nous poussent à exclure cette éventualité ! Revue de détail argumentée.

1) Décryptage

Voici quelques extraits des affirmations des personnes avançant la thèse de l’amerrissage :

«Le transmetteur de localisation d’urgence (ELT) devrait fonctionner lors d’un d’impact, que ce soit sur terre, en mer ou sur un versant de montagne, et mon analyse est que cela n’a pas fonctionné car il n’y a pas eu d’impact majeur lors de l’atterrissage.» Oui, théoriquement, les balises de détresse doivent envoyer un signal lorsqu’elles sont en contact avec l’eau ou si elles subissent une forte décélération. Dans les faits, les balises de certains crashs n’ont pas émis de signal, ce fut par exemple le cas du Rio – Paris.

« L’avion n’a pas explosé en vol et n’a pas été victime d’un impact en touchant une surface, car dans ce cas-là, les corps ne seraient pas intacts. » C’est totalement faux, en cas de décrochage la vitesse du choc est d’environ 220km/h ce qui provoque une mort instantanée, mais le corps peut extérieurement sembler intact. Dans le cas du MH17 abattu au dessus de l’Ukraine, les photos des victimes montraient d’ailleurs des corps intacts… Et je ne parle même pas de cette hôtesse serbe qui avait survécu en 1972 à une chute libre sans parachute depuis son avion qui avait explosé suite à un attentat…

« Des objets ressemblant à une porte de secours et un toboggan gonflable pour les évacuations d’urgence figurent parmi les premiers débris repérés dans la zone de recherche, suggérant que les premiers passagers pourraient avoir entamé le processus d’évacuation après l’atterrissage de l’avion sur l’eau. » Retrouver un toboggan ou une porte serait donc la preuve d’une évacuation ? Lors d’un crash il est logique que le fuselage parte plus ou moins en morceaux, et il est tout à fait normal que les toboggans se déclenchent seul lors d’un impact.

« Des passagers pourraient avoir attendu un membre d’équipage gonflant un canot de sauvetage avant d’être touché par une haute vague qui a fait sombrer l’avion. De hautes vagues ont peut-être heurté l’avion, le nez de l’appareil, et coulé l’avion. » Il n’y a rien à dire, si ce n’est que le sensationnel fonctionne bien puisque cette belle image bien glauque est reprise partout.

2) Revenons maintenant à ce que l’on sait :

Amerrissage d'un A320 sur le fleuve Hudson

Amerrissage d’un A320 sur le fleuve Hudson en janvier 2009

Premièrement, il est vrai que tous les avions de ligne aujourd’hui en circulation sont conçus pour amerrir. Le dernier exemple en date remonte à 2009, lorsqu’un A320 (même modèle que l’avion d’Air Asia) a amerri sur le fleuve Hudson sans autre mal qu’une grosse frayeur.

Mais qu’est-ce qui mène à un amerrissage ? La seule raison valable d’amerrir est la perte des moteurs, qu’il s’agisse d’une panne simultanée de tous les moteurs ou d’une panne d’essence. Dans ces cas, l’avion va planer avec un angle de descente de plus ou moins 5°, pendant plus d’une demi-heure sur des centaines de kilomètres.
Imaginons que cela soit arrivé au QZ7501 alors qu’il se trouvait au FL350, soit à plus de 11.000m d’altitudes. Vu sa situation géographique, les pilotes auraient sans difficulté pu s’orienter vers l’île de Kalimantan pour tenter d’y atterrir, ne serait-ce que dans un champ… mais dans tous les cas, avec plusieurs dizaines de minutes  pour planer, les pilotes auraient eu le temps d’avertir les secours par n’importe quel moyen (d’autant que la fréquence de détresse est toujours écoutée par tout ce qui flotte ou vole, et on sait que la région connaît un trafic dense).

Or il n’y a eu aucun appel, aucun signal, mais en plus l’angle de descente de l’avion a été bien plus élevé : il est descendu de plus de 10.000 m de hauteur en à peine plus de 10km (distance entre la position du dernier écho radar et l’emplacement des débris de l’avion), et en continuant plus ou moins dans l’axe, vers l’eau plutôt que vers le sol. Cette descente ne correspond pas à une descente planée précédent un amerrissage, elle correspond à un décrochage comme expliqué dans l’article précédent et cette vidéo :

3) Et donc

Et donc une fois de plus, certains vont étayer des théories du complot, vont avancer des théories folles avec l’objectif plus ou moins ouvert d’être massivement repris… mais il faut être clair : nos connaissances nous poussent à exclure l’hypothèse d’un amerrissage.

À propos de Xavier Tytelman

Ancien aviateur militaire aujourd'hui consultant sur les questions aéronautiques. Responsable et formateur au Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr). Tel : +33667484745
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12 réponses à Non, l’avion d’Air Asia QZ8501 n’a pas pu amerrir

  1. lym dit :

    Si c’est de nouveau un équipage qui ne s’est pas senti décroché sur 10km de chute, cela risque de remettre au moins en cause les actions de formation et techniques post crash du Rio-Paris… Niveau Retex, ça la foutrait vraiment mal quand même! Et on va vite en avoir le coeur net cette fois.

    Pour le MH370, la localisation qui avait été faite c’est a priori sur des arcs de cercle de distance correspondant à la mesure de temps d’aller/retour de la com satellitaire. Connaissant celle du satellite, on en a tiré les positions possibles de l’avion. C’est donc très approximatif.

    Aux Maldives, 16j après, on avait retrouvé un extincteur (moteur?) de 777 par contre et un survol a basse altitude avait été évoqué par des témoins avant même cette découverte, dans les jours qui avaient suivi la disparition…
    http://www.jumboroger.fr/vol-malaysia-370-un-fait-nouveau-important/

    Cet avion, il semble probable que quelqu’un ait une idée plus précise d’où il se trouve. On est a l’endroit de cette découverte/témoignages à environ 800km de Diego Garcia, avec des capacités de détection radioélectriques importantes: C’est un élément du réseau Echelon en plus d’une base stratégique US! L’australie en est un autre d’ailleurs.

    • Xavier dit :

      Bonjour Lym,
      Pour la détection via ACARS, c’est le temps de réponse + une analyse Doppler (rapprochement / éloignement de l’avion du sat InmarSat) qui ont permis de déterminer la zone du dernier ping. C’est effectivement approximatif, d’autant que l’avion aurait encore pu être en vol (ou en train de planer) pendant 59 minutes supplémentaires… Cependant, cela permet déja de déterminer que l’avion était plus au sud que Diego Garcia.
      Pour les témoins d’un avion en basse altitude, il y en a eu aux Maldives, sur les îles Spartleys ainsi qu’aux Philippines…

  2. PH7831 dit :

    Messieurs, on ne se « sent » pas décrocher. Soit on le voit (abattée donnant lieu à une diminution de l’assiette) soit on le détecte à l’aide des instruments de l’avion. Toute autre sensation d’orientation spatiale dans un avion est bien souvent trompeuse. Mes 200 heures de vol et quelques exercices effectués les yeux fermés avec un instructeur peuvent en attester. Sans instrument donnant une indication fiable, on ne peut pas « sentir » que l’on décroche.

    • Xavier dit :

      Merci pour ces précisions auxquelles j’adhère totalement. En écrivant ces lignes, je pense toujours avant tout aux personnes qui ont peur de l’avion et qui imaginent une chute interminable dans un décrochage… l’idée de ce sentiment de chute et le fait de se « voir mourir » pendant toute la descente est une crainte très répandue. En disant que le décrochage n’est pas physiologiquement ressenti, c’est surtout à eux que je pense 🙂

  3. Pierre dit :

    Bonjour Xavier, je me pose la question depuis plusieurs jours, et n’ai pu trouver de réponses. La presse déclare que certains corps ont été retrouvés encore attachés au siège, et cela avant d’avoir retrouvé l’épave de l’avion. Que cela signifie t’il? Que des sièges flottaient?

    Si vous avez une idée, merci pour vos lumières.

    • Xavier dit :

      Bonjour Pierre, les coussins des avions flottent, je dois avouer ne pas connaître la flottabilité d’un siège complet. Cependant, le fait que l’on repêche des corps sur leur siège ne signifie pas que le siège flottant, des plongeurs ayant pu repêcher ces corps et débris sur les fonds maritimes…

  4. LeGoel dit :

    Bonjour,
    Je découvre ce blog et suis d’accord sur cette analyse, ne serait-ce que par bon sens. Je suis loin d’être un expert en aéronautique, mais je connais très bien les milieux marin et sous-marin. Il apparaît déjà que si l’amerrissage avait été réussi, l’avion ne se serait pas disloqué aussi violemment tel que démontré par les débris déjà retrouvés. Et je pense honnêtement qu’un avion réussissant un amerrissage peut rester flotter longtemps, je vois mal le simple assaut de la houle ou de vagues couler et casser structurellement l’avion aussi facilement. On peut même penser que dans un cas d’amerrissage réussi, les pilotes auraient eu la présence d’esprit de larguer le maximum de carburant histoire de réduire la masse volumique de l’avion.
    Je suis interrogatif sur ce qui est raconté dans les média lorsque l’on parle « d’ELT », de quoi s’agit-il précisément ? S’agit-il de l’émetteur acoustique émettant un signal basse fréquence de 37.5kHz (environ) toutes les secondes ? Je pensais que le simple contact de l’eau activait cet émetteur. Si c’est bien cela et qu’il est arrivé que cet émetteur ne se soit pas activé (comme AF447 apparemment), c’est un gros problème je trouve, car plus qu’en terme de fiabilité, cela signifie que l’appareil ne remplit pas son rôle opérationnel. Alors qu’un signal BF sous l’eau, ça se localise assez rapidement et il existe même une entreprise française spécialisée dans le domaine :
    http://www.acsa-alcen.com/search-rescue/black-boxes-search-relocation

    • Xavier dit :

      Bonjour, sur AF447, les signaux sous-marins ont bien fonctionné, c’est l’analyse a posteriori des données acoustiques sous-marines qui avait permis d’en retrouver la position deux ans plus tard, par contre les émetteurs à destination des sat ne s’étaient apparemment pas déclenchés.
      La Marine Nationale possède également des moyens de détection des balises sous-marines via des sous-marins et navires LASM, ses ROV et ses aéronefs dont l’Atl2 ou le NH90… Question subsidiaire, seriez-vous jez ? 🙂

      • Hemery dit :

        Bonjour Xavier,
        Je peux vous affirmer que l’on ne peut pas détecter une balise à 37.5 KHz avec un ATL2.

      • Xavier dit :

        Bonjour Gilles et merci pour cette précision, l’Atl2 ne peut donc pas être utilisé en recherche des boites noires ?
        Xavier

  5. Vivies dit :

    Bonjour xavier j’ai fait un stage il y a quelques temps. L’avion a décroché ok mais qu’est ce qui fait qu’un avion décroche? Est ce que le mauvais temps fait décrocher l’avion?

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