Disparition du vol MH370 Malaysia Airlines – Que sait-on ?

Un Boeing 777-200 ER de Malaysia Airlines décollant d'Amsterdam

Un Boeing 777-200 ER de Malaysia Airlines décollant d’Amsterdam

Plus le temps passe, et plus la tension monte. Le plus difficile à supporter est finalement de ne pas savoir ce qui a pu arriver à l’avion. Les médias en rajoutent chaque jour, des experts continuent à évoquer des scénarios improbables, les spéculations se multiplient, suivies par des contradictions officielles, à nouveau démenties… Même si l’on n’a pas encore de réponse claire à apporter et au vu des retours des anciens stagiaires, plusieurs données nécessitent d’être approfondis pour une meilleure compréhension.

1) Les téléphones portables des passagers ont continué à sonner après la disparition de l’avion

Cette information a été reprise par tous les médias, mais lorsqu’une réponse a été apportée ils n’ont pas transcrit la solution… En réalité, dans certains pays, lorsque l’on appelle un téléphone et que le réseau le recherche, il n’y a pas un silence comme en France, il y a une sonnerie… Accessoirement, si un téléphone avait réellement sonné, cela aurait implique que l’avion ou ses débris se trouveraient au sec, suffisamment proche d’une zone habitée pour capter un réseau. Cela est hautement improbable.

2) Un avion peut-il disparaître des radars des contrôleurs aériens ?

Lorsqu’un radar classique émet une onde et que celle-ci rencontre un objet métallique, l’onde revient, c’est ce qu’on appelle l’écho primaire. Ce type de radar est en réalité rare, car il coûte beaucoup plus cher et que seuls les militaires en sont équipés. Les stations des contrôleurs aériens utilisent en réalité des émetteurs qui interrogent l’avion, et l’appareil renvoie alors des informations comme son identité, sa direction, son altitude… Si ce système appelé ADS-B est non-fonctionnel, alors les radars civils perdent la trace de l’avion sur leurs écrans et seuls les radars militaires vont continuer à le suivre… sauf que les systèmes militaires n’ont pas pour but de suivre des échos civils volant sur des lignes aériennes classiques, ils sont par exemple dédiés à la recherche d' »intrus » qui entreraient dans un espace aérien sensible. Les militaires de la région ont donc entrepris d’analyser les échos qui auraient été enregistrés au moment de la disparition, mais les systèmes radar sont isolés et ne disposent que rarement d’un enregistrement (le but des militaires est de répondre à une menace, pas de suivre a posteriori des échos sans importance pour eux).

3) Sans suivi radar, comment suivre l’avion ?

Le fait que l’avion n’envoie pas ses informations habituelles de positionnement ne veut pas dire qu’il n’émet plus rien. Le suivi technique de l’appareil est assuré par le système ACARS qui envoie des données régulièrement à la fois à destination de la compagnie aérienne, au constructeur de l’avion et au fournisseur du moteur. Les messages sont émis via la radio VHF3 et les liaisons de données satellites SatCom. Ce sont ces informations, révélées récemment, qui permettent de penser que l’avion aurait continué à voler plusieurs heures après avoir disparu des radars civils.

4) Pourquoi ne trouve-t-on pas l’avion ?

Si l’avion a continué à voler plusieurs heures après sa disparition, alors tous les bateaux et avions de recherche déployés ne cherchaient simplement pas au bon endroit. Lorsque la zone de recherche a été élargie, le commandant de la VIIème flotte américaine a dit « avant, nous cherchions sur une région grande comme un jeu d’échec, aujourd’hui c’est large comme un terrain de football ». Bref, sans écho radar militaire pour s’orienter, la recherche va être longue …

5) Alors, que s’est-il passé ?

Personnellement, je continue à exclure la cause technique pour cet événement. Le Boeing 777 vole depuis près de 20 ans sans qu’aucun avion n’ait été perdu pour raison technique. Soit il s’agit d’un événement très instantané (missile, attentat), soit l’avion a été détourné, cette dernière option recueillant la majorité des avis. Interpol a démenti une implication dans une entreprise terroriste des deux passagers qui avaient embarqué à bord de l’avion avec des passeports volés, tous deux souhaitant immigrer en Europe. Les spécialistes s’orientant vers une deuxième possibilité et le profile psychologique du pilote est étudié de près…

L’avenir nous dira prochainement ce qu’il s’est réellement passé. Prenez du recul, les médias font leurs choux gras de cet événement. Aucune situation n’est jamais totalement exempte de risque, qu’il s’agisse de rester sagement chez soi (10 000 morts l’an dernier en France), de prendre sa voiture (3250 morts l’an dernier en France) ou prendre l’avion (moins de 200 morts l’an dernier pour plus de 3 milliards de personnes transportées).

 

À propos de Xavier Tytelman

Ancien aviateur militaire aujourd'hui consultant sur les questions aéronautiques. Responsable et formateur au Centre de Traitement de la Peur de l'Avion (www.peuravion.fr). Tel : +33667484745
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4 réponses à Disparition du vol MH370 Malaysia Airlines – Que sait-on ?

  1. GROSBOIS Anny dit :

    Merci Xavier de continuer à nous donner ton avis de spécialiste compétent , avec des informations sérieuses et tes réflexions sensées… pour ma part, je guette ton suivi des évènements, car on entend tellement de choses dans les médias, toute la journée, que cela en est déplorable …

  2. marybel dit :

    Voilà au moins quelque chose de très clair qui fait une mise au point efficace. Merci Xavier, ces données m’ont plus éclairée que 14 jours d’infos plus ou moins absurdes données par les médias.

  3. Max dit :

    Un grand « Merci » pour votre professionnalisme au service des médias…
    Je travaille également dans le secteur aéronautique et je déplore le travail de certain média, ou le discours de certains.
    Effectivement, on ne se rend pas compte du mal que l’on peut faire avec ce type de comportement (toujours un malin plaisir à prendre quelques éléments factuels pour les diluer dans des histoires à sensation).
    Je ne vous parle pas des conséquences pour les familles, la compagnie aérienne, le constructeur et le motoriste (et toutes les personnes qui travaillent dans ce secteur industriel).
    Par contre, il faut rester courageux (acte qui semble difficile apparemment) : quand on ne sait pas, on ne sait pas !!! Ensuite, on peut se lancer dans les hypothèses les plus folles, mais le discours ou le récit doit être clair dès le départ !
    Donc, merci d’avoir respecter les règles d’une bonne information (d’expert, de journaliste, de professionnel) : Clair, factuel et surtout pas d’affirmation ou de conclusion quand la situation ne le permet pas.
    Au plaisir de vous lire…

    • Xavier dit :

      Bonjour et merci pour votre message ! En effet, j’ai remarqué à plusieurs reprises que les journalistes savent ce qu’ils veulent entendre avant même le début de l’interview… Sur le MH370, une journaliste n’a pas réussi à me faire mettre en cause Boeing ou les pilotes, et l’enregistrement, qui avait duré presque une heure, n’a pas été diffusé… Dans la mesure du possible, j’essaye donc de favoriser les directs aux enregistrements.
      Bonne continuation !

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